MANIFESTE 

 

« Il court même le risque de voir un jour l’élément matériel écrasé par l’élément conceptuel. »
— Alois Riegl, L’Industrie d’art romaine tardive (1901), en parlant de l’art moderne.

 

Depuis des décennies,
l’art parle le langage des universités.

L’Académie a disparu.
L’intellectualisation a pris sa place.

On encense le concept.
On valorise le contenu.
On guide le spectateur dans ce qu’il doit voir, comprendre, ressentir.

Mais une œuvre d’art n’est pas un simple véhicule d’idées.
Elle est une présence, une expression matérielle de l’indicible.

L’art naît d’un choc sensible —
d’un rapport immédiat à la matière —
comme Picasso devant les masques africains,
où la forme cesse d’être un motif et devient un exorcisme,
un acte de conscience.

Ce qui compte n’est pas le « quoi » — le contenu —
mais le « comment » :
comment la matière ouvre un passage de l’invisible au visible.

Mes médiums sont mes portes d’entrée :
La tempera m’enseigne la patience.
L’encaustique m’ouvre à l’exploration haptique.
Le pastel, sur surface abrasive, célèbre la spontanéité.

Peindre,
c’est donner corps à ce qui ne peut être traduit par des mots. 

Une œuvre n’explique rien.
Elle fait voir.