FRANCOIS BEAUDRY — PEINTURES à la TEMPERA

La peinture à la tempera, ou la détrempe à l’œuf, se fait en mélangeant un jaune d’œuf, des pigments et de l’eau (préférablement de l’eau distillé). Ce mélange, dont le liant est le jaune d’œuf et le diluant est l’eau, se travaille à la pointe du pinceau sur un panneau enduit d’un apprêt de gesso traditionnel (gesso[1] signifie « craie » en italien). Il n’y a pas de touche large et d’empâtement dans cette technique. Cette peinture se fait fine touche par fine touche, lentement, où le peintre à l’impression de broder son œuvre. Une fois terminé, le film de peinture devient extraordinairement dur et permanent avec un fini mat qui demeurera intact après des siècles de vieillissement. Ceux qui préfèrent un fini mat préfèrent la tempera.

Alors pourquoi ce procédé a-t-il cédé sa place à la peinture à l’huile au xve siècle? Avec l’essor de la peinture de chevalet, lorsqu’on a découvert que l’huile pouvait être exécutée sur une toile recouverte d’un apprêt de blanc de plomb[2]. Cela signifiait un avantage incontesté, car l’apprêt (gesso traditionnel) pour la tempera exigeait un panneau (ou un mur) composé alors d’un assemblage de planches; à cette époque, ni le contreplaqué, ni les panneaux de fibre (masonite) n’existaient.

Aujourd’hui malgré la disponibilité de panneaux et que cet apprêt est aussi excellent pour l’huile, le gesso traditionnel est rarement utilisé par les peintres. Pourquoi? Parce que sa préparation nécessite beaucoup de travail. Il faut préparer la colle de peau et attendre 24h. Si la colle répond bien, il faut la chauffer dans un bain-marie et ajouter le carbonate de calcium (craie) jusqu’à la consistance voulue, ensuite l’étendre à chaud sur un panneau (quatre couches sur les deux côtés du panneau). Après cette étape exigeante, il faut laisser reposer le panneau pendant deux semaines. Si au bout de ce délai aucun défaut n’apparaît, le panneau sera considéré comme permanent. Il faudra alors le poncer, ce qui signifie une autre journée palpitante dans la vie du peintre. Après, lorsque sa surface sera lisse, le tout sera prêt à recevoir l’huile ou la tempera. Cette nouvelle surface, semblable à celle de l’ivoire, éprouvée depuis des siècles, est la surface optimum pour recevoir la peinture à la tempera, elle procure une sensation agréable laquelle pourrait convaincre un peintre d’adopter la peinture à tempera uniquement pour cette raison.

L’autre atout important qui favorise la tempera à la place de l’huile est la superposition de couleurs. Avec l’huile, comme chaque pigment absorbe de l’huile différemment avec comme conséquence : chaque couleur a sa propre vitesse de séchage. Il faut donc respecter un ordre lorsqu’on superpose une couleur sur une autre. Il faut que la couleur de fond sèche avant la couleur de surface sinon il y aura des problèmes de craquelages et d’adhérence. Ce problème n’existe pas avec la tempera. Le peintre demeure libre d’utiliser la couleur de son choix à tout moment. Voilà les raisons qui m’ont poussé à utiliser la tempera. 


[1] Il est important de distinguer le gesso traditionnel, le mélange de colle de peau et de craie, de l’acrylique gesso que l’on retrouve dans le commerce. L’acrylique gesso est un polymère qui ne contient pas de craie. Le nom gesso est un élément trompeur dans cet apprêt dont les qualités de se laisser imprégner et d’adhérer au médium n’ont rien à voir avec celles du gesso traditionnel. L’acrylique gesso est impropre pour la tempera. Sa grande qualité est de sécher en 30 minutes ce qui fait, l’indolence du milieu des arts visuels aidant, que ce procédé douteux pour la peinture à l’huile est largement utilisé aujourd’hui comme apprêt.

[2]Le blanc de plomb est un apprêt excellent. Toutefois, il a été remplacé au xxe siècle par des blancs à base de zinc ou de titane lorsqu’on a découvert que le blanc de plomb est une menace pour la santé.

 

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Assunta, tempera, 41 x 41 cm
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Colette 3, tempera, 41 x 41 cm

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Le sphinx, série via appalachia, 3, tempera, 57 x 91 cm
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Hélène 10, tempera, 57 x 91 cm
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Isabelle dM, tempera, 57 x 91 cm
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Papaye et feuilles panachées, série table bleue, 2, tempera, 57 x 91 cm
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Hélène 9, tempera, 91 x 57 cm
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Orchidées, tempera, 57 x 91 cm

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Hélène 8, tempera, 57 x 91 cm